Un volume de procédures record

Avec 18 986 procédures collectives enregistrées entre janvier et mars 2026, le premier trimestre porte la situation en France à « un niveau inédit », selon les données Altares. Le cabinet a récemment publié une étude qui fait état d’une hausse de 6,4 % sur un an, s’inscrivant dans une tendance de dégradation observable depuis deux ans.

Fin mars 2026, le nombre cumulé des défaillances (c’est-à-dire de procédures collectives ouvertes et non encore clôturées) s’établit à 69 938 entreprises, contre 69 392 à fin février : une progression continue qui, selon le cabinet, « s’explique en partie par une conjoncture dégradée, imputable notamment aux chocs successifs et aux incertitudes accrues qui ont fragilisé la situation financière de certaines entreprises ».

Les microentreprises, premières victimes des procédures collectives

L’analyse par taille d’entreprise met en évidence une concentration très marquée des difficultés sur les structures de moins de trois salariés : les microentreprises concentrent 75 % des procédures ouvertes, soit 14 311 cas – une hausse de 11,2 % sur un an. Cette catégorie, caractérisée par des marges souvent réduites, une dépendance élevée à un nombre réduit de clients et une exposition directe aux tensions de trésorerie, demeure structurellement vulnérable.

Les TPE de 3 à 9 salariés affichent en revanche une meilleure résistance, avec 3 272 défaillances recensées, en recul de 6,7 %. La tendance est encore plus favorable pour les PME de 10 à 19 salariés (-12,1 %). Les PME de 20 à 99 salariés, dont la situation se dégrade, enregistrent quant à elles une hausse de 12,1 %. À l’inverse, les grandes entreprises de plus de 100 salariés voient leur situation s’améliorer : près de 90 % des procédures les concernant aboutissent à un redressement ou à une sauvegarde.

Des fortunes sectorielles et géographiques variées

Sur le plan sectoriel, les situations sont très contrastées. Plusieurs activités enregistrent des dégradations nettes : les services aux entreprises subissent une hausse du nombre de défaillances sur un an de 11,7 %, le secteur de la propreté étant particulièrement touché (+41 %). Il en va de même pour les services aux particuliers (+17 %) et le transport (+12,9 %), avec une situation marquée chez les taxis (+61 %) ; l’agriculture connaît quant à elle une détérioration de 23 %. À l’inverse, le secteur de la construction reste quasi stable (+1,7 %), porté par un recul des défaillances dans le gros œuvre (-9 %) et les travaux publics (-20 %) ; la restauration se stabilise elle aussi, avec un nombre de défaillances en très légère baisse (-0,4 %).

Sur le plan territorial, la dispersion est également significative. Si la Corse (-25 %), la Normandie (-13 %) et les Pays de la Loire (-9 %) parviennent à réduire leur nombre de défaillances, la Bourgogne-Franche-Comté (+20 %), la Nouvelle-Aquitaine (+18 %) et le Centre-Val de Loire (+16 %) enregistrent des hausses marquées. L’Île-de-France se maintient légèrement en dessous de la moyenne nationale (+5,8 %), mais avec de fortes disparités internes, par exemple entre l’est et l’ouest du territoire francilien.

Une tendance difficile à inverser

Au-delà des données chiffrées, Altares identifie des facteurs structurels qui compliquent les perspectives de rebond : le recours encore rare aux procédures préventives, la fragilité bilancielle des TPE et les tensions sur la trésorerie, notamment imputables aux retards de paiement interentreprises.

Dans ce contexte, les dispositifs d’accompagnement (comme la charte de confiance signée en février 2026 par une trentaine d’acteurs publics et privés) apparaissent comme un levier déterminant pour renverser la dynamique en cours.

Les trois points clés à retenir

  • Un volume de défaillances historiquement élevé : avec près de 19 000 procédures collectives ouvertes au premier trimestre 2026 (soit +6,4 % sur un an), le niveau des défaillances s’inscrit dans une tendance de dégradation observable depuis deux ans.
  • Les microentreprises, premières exposées : les structures de moins de trois salariés concentrent les trois quarts des procédures, avec une hausse de 11,2 % sur un an, révélant leur vulnérabilité structurelle face aux tensions de trésorerie et aux retards de paiement.
  • Des disparités sectorielles et territoriales marquées : la construction et la restauration affichent des signes de stabilisation, à l’inverse des services, du transport et de l’agriculture dont la situation se dégrade ; des écarts importants existent également sur le territoire national, par exemple entre la Corse (recul de 25 % du nombre de défaillances) et la Bourgogne-Franche-Comté (hausse de 20 %).