La réforme du 1er juillet 2021 a profondément modifié le cadre du congé de paternité. La durée du congé facultatif, fixée jusqu’alors à 11 jours calendaires, a plus que doublée pour atteindre 25 jours, portant le total du congé postnatal à 28 jours pour les pères salariés. Les quatre premiers jours doivent être pris obligatoirement à la suite du congé de naissance de trois jours ; le reste peut être fractionné en périodes d’au moins cinq jours, jusqu’au sixième mois de l’enfant.

Le taux de recours, qui dépassait déjà 75 % avant la réforme, a continué de progresser pour atteindre 81 % des naissances entre juillet 2021 et décembre 2023. La prise intégrale du congé s’est elle aussi rapidement imposée : dès 2022, 59 % de l’ensemble des naissances ont donné lieu à une utilisation totale des jours disponibles.

Des disparités qui persistent selon le statut professionnel

Le recours au congé n’est pas uniforme. Ce sont les fonctionnaires et les salariés du secteur privé en CDI qui l’utilisent le plus massivement, suivis des salariés en CDD. Les travailleurs indépendants et les pères en situation de chômage avant la naissance y recourent nettement moins.

L’Ined note toutefois que le taux d’utilisation des indépendants est en nette progression depuis 2017, une évolution en partie liée à leur intégration au régime général de protection sociale en 2018. Les pères en CDD ainsi que ceux au chômage y recourent eux aussi plus qu’auparavant. De manière moins prononcée que le statut, le niveau de diplôme joue également un rôle explicatif : les pères peu diplômés utilisent légèrement moins ce congé que ceux ayant suivi des études supérieures. Toutefois, à l’image de la dynamique générale, les titulaires du baccalauréat et les non-bacheliers ont eux aussi tendance à adopter de plus en plus le congé.

Des freins qui subsistent

Parmi les pères qui renoncent au congé, les raisons invoquées ont évolué. Le motif « ne pas avoir souhaité » poser ce congé, qui était le premier cité au début des années 2010, est désormais relégué au troisième rang. Ce sont aujourd’hui les contraintes financières qui sont le plus fréquemment avancées ainsi que la charge de travail.

Un fractionnement en hausse, un congé « en solo » encore rare

La possibilité de fractionner le congé en plusieurs périodes est de plus en plus utilisée : elle concernait 23 % des naissances au second semestre 2021, contre 33 % au second semestre 2023.

Par ailleurs, 8 % des pères prennent désormais leur congé alors que la mère a repris le travail, contre 2 % avant la réforme. L’Ined souligne que cette pratique, encore minoritaire, est celle qui favorise le plus l’investissement paternel dans les tâches parentales.

Les trois points clés à retenir

  • Entre juillet 2021 et décembre 2023, 81 % des pères ont pris tout ou partie du congé de paternité au-delà de la semaine obligatoire, et 59 % l’ont utilisé en totalité dès 2022.
  • Les disparités de recours demeurent fortes selon le statut professionnel : les indépendants et les pères au chômage y recourent nettement moins que les fonctionnaires ou les salariés du secteur privé en CDI.
  • Parmi les freins au non-recours, les contraintes financières et la charge de travail ont pris le pas sur l’envie (ou le souhait), désormais reléguée au troisième rang.