Un potentiel trois fois supérieur aux opérations réalisées

Menée par Bpifrance Le Lab avec CCI France, CMA France et l’association Cédants et Repreneurs d’Affaires (CRA) auprès de près de 5 000 dirigeants, une étude publiée en novembre 2025 évalue à 370 000 le nombre d’entreprises d’au moins un salarié susceptibles d’être transmises d’ici 2030 : 310 000 TPE, 58 000 PME et 1 200 ETI, soit près de trois millions d’emplois. Environ 26 000 transmissions d’entreprises employeuses aboutissent chaque année, pour un potentiel annuel estimé à 74 000. Sur cinq ans, cela représenterait environ 130 000 opérations. Le départ à la retraite du dirigeant reste le principal déclencheur, cité dans 64 % des cas[1].

Le ministère de l’Économie dresse un constat comparable sur dix ans. Il estime que 500 000 entreprises pourraient être cédées d’ici 2036 du fait du départ à la retraite de leur dirigeant, et que la moitié des entreprises à céder ne trouveraient pas de repreneur[2].

L’anticipation, premier frein identifié

Le blocage tient d’abord à la préparation des opérations. D’après l’étude de Bpifrance Le Lab, 70 % des dirigeants n’ont engagé aucune démarche concrète un an avant la date de transmission qu’ils envisagent. Le ministère de l’Économie souligne deux autres difficultés :

  • la plupart des opportunités de reprise ne font l’objet d’aucune annonce publique, les cédants privilégiant les réseaux informels ;
  • 30 % des repreneurs déclarent avoir eu des difficultés à financer leur opération, une proportion qui atteint 44 % chez les repreneurs salariés.

Présenté le 23 avril 2026, le plan « Objectif Reprises » cible justement ce défaut d’anticipation. Chaque dirigeant atteignant 55 ans doit recevoir un courrier l’invitant à préparer la transmission de son entreprise. Un guide commun aux cédants et aux repreneurs a été publié par la direction générale des entreprises (DGE) ; en parallèle, la Bourse de la transmission de Bpifrance doit être rénovée pour devenir la plateforme de référence de mise en relation entre cédants et repreneurs. Les réseaux des chambres de commerce et d’industrie (CCI) et des chambres de métiers et de l’artisanat (CMA) ont, de leur côté, lancé une opération nationale de sensibilisation, avec un objectif de 25 000 cédants ou repreneurs potentiels touchés chaque année. Le plan désigne également les experts-comptables comme relais prioritaires, chargés d’inciter leurs clients à anticiper et de leur proposer une estimation régulière de la valeur de leur entreprise.

La reprise par les salariés, nouvel axe du budget 2027

Selon le ministère, une reprise sur deux s’effectue aujourd’hui dans un cadre familial, et les reprises par les salariés ne représentent que 17 % des opérations. Le projet de loi de finances pour 2027, déposé à l’Assemblée nationale le 1er octobre 2026, entend développer ce mode de reprise. Son article 10 crée un « pacte Papin », destiné aux reprises de TPE et de PME réalisées entre 2027 et 2029. Le dispositif repose d’abord sur un suramortissement des investissements réalisés dans l’entreprise reprise, ouvert quel que soit le profil du repreneur. Lorsque celui-ci est un salarié, s’y ajoutent une forte baisse des droits d’enregistrement et le doublement, à un million d’euros, de l’abattement sur la plus-value du dirigeant qui part à la retraite. Le pacte Dutreil, propre aux transmissions familiales, n’est pas modifié par le texte.

Ces mesures restent soumises au vote du Parlement. Les avantages réservés aux salariés sont assortis d’une condition d’ancienneté : au moins un des salariés repreneurs devra justifier de cinq années de contrat de travail au cours des dix années précédant la cession. Cette exigence renvoie à l’enjeu d’anticipation : l’efficacité du dispositif dépendra largement de la capacité des dirigeants à préparer leur succession plusieurs années avant leur départ.

Les trois points clés à retenir

  • Un écart persistant : sur 370 000 entreprises transmissibles d’ici 2030, environ 130 000 transmissions aboutiraient au rythme actuel.
  • L’anticipation comme priorité : le plan « Objectif Reprises » prévoit un courrier aux dirigeants de 55 ans, un guide commun aux cédants et repreneurs et la mobilisation des experts-comptables.
  • Un « pacte Papin » en discussion : le projet de loi de finances pour 2027 propose des avantages fiscaux pour la reprise des TPE et des PME, renforcés en cas de reprise par les salariés ; le pacte Dutreil reste, lui, inchangé.


[1] Transmission en France : un marché de 370 000 entreprises d’ici 2030 – Bpifrance Le Lab

[2] Objectif reprises : un plan d’action pour faciliter la transmission-reprise des entreprises – economie.gouv.fr